Liège-Bastogne-Liège 1980

  1. Une édition de légende
  2. Diaporama

Une édition de légende

Le 20 avril 1980, lorsque je me réveille, je n'en crois pas mes yeux. Il neige comme en plein hiver. La route qui conduit de Salm-Château à Stavelot, en passant par le contrôle de ravitaillement de Vielsalm, la côte de Wanne et la côte de Stockeu est déjà recouverte d'une dizaine de centimètres de neige. Pour monter Wanne, ce matin du 20 avril, les voitures s'équipent de pneus neige.

À la radio, on annonce que la Doyenne vient de quitter Liège sous des averses de neige et par un froid glacial. Après 70 kilomètres de course, Luc Varenne annonce qu'il ne reste plus que soixante rescapés. À 140 km de l'arrivée, sur le plateau de Bastogne, balayé par le blizzard, la route de la Doyenne est enneigée et les concurrents abandonnent par dizaines. Et pendant ce temps, la neige continue à s'accumuler sur les sommets de Wanne, Stockeu et Haute-Levée. Ce matin-là, bien peu de gens pensent que la course arrivera jusqu'au contrôle de ravitaillement de Vielsalm, situé à moins de six kilomètres du pied de la côte de Wanne.

Peu avant midi, la neige cesse enfin de tomber. L'atmosphère se réchauffe. La neige commence à fondre. L'espoir reprend. La Doyenne ne sera peut-être pas annulée faute de concurrents.

En début d'après-midi, les routes, gorgées de neige fondante, redeviennent presque praticables. La course a un énorme retard sur l'horaire le moins rapide. À Stavelot, vers 2 ou 3 heures de l'après-midi, sous des averses de neige fondante et de pluie, moins de trente rescapés de la bataille des Ardennes , se présentent au pied du monstre de Stockeu.

Le premier à surgir est Rudy Pevenage. Au pied de Stockeu, à 80 km de l'arrivée, il possède 2'15" d'avance sur ce qui reste d'un peloton à l'agonie. Dans le raidillon à 21 %, il zigzague et passe en tête. Derrière, Bernard Hinault (Renault-Gitane), le visage couvert par un bonnet de laine rouge passe ensuite devant moi, entraînant dans sa roue Henk Lubberding (Ti-Raleigh), Silvano Contini (Bianchi), Didi Thurau (Puch-Campagnolo-Sem) et un autre équipier de Lubberding, que je ne parviens pas à identifier.

Un peu plus loin, un drame se joue. Hennie Kuiper glisse sur le sol mouillé et accroche un autre concurrent. Il chute, se relève et passe à pied le raidillon. Il doit avoir perdu près d'une minute sur cet incident. Peut-être rate-t-il là l'occasion de s'accrocher aux basques d'Hinault. Il terminera deuxième à Liège (à 9'24" de Bernard Hinault), bien devant Contini (12ème à 12'35") et Lubberding (13ème à 16'03"), deux coureurs qui pourtant vont passer bien avant lui au sommet de Stockeu.

En effet, quelques centaines de mètres plus haut, au sommet de Stockeu, alors que l'avance de Pevenage continue à fondre comme neige au soleil, Hinault, Lubberding et Contini basculent ensemble, ayant distancé Thurau de quelques dizaines de mètres. Dans la descente très rapide vers Stavelot, Thurau parvient encore à revenir sur Hinault, Lubberding et Contini. Mais, le pied de la Haute-Levée se présente déjà et ne permet aucune récupération. Au pied de cette difficulté, Pevenage ne compte plus que 30" d'avance sur le quatuor. Les premières centaines de mètres de la Haute-Levée lui sont fatales. Pevenage est aussitôt repris et ne terminera pas l'épreuve. Alors, sans vraiment démarrer, Bernard Hinault décroche un à un ses trois compagnons pour remporter en solitaire un des plus beaux Liège-Bastogne-Liège.

Le diaporama suivant montre les rescapés de l'édition 1980 dans le raidillon de Stockeu (dans l'ordre de passage).

Diaporama